Répliques Ostentatoires

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Utopie

Oublie. Imagine.
Tu vis dans une petite cabane en bois de cèdre, dans la montagne. Tu as accumulé dans cette cabane tout le savoir de l'Humanité. L'unique mission que tu dois accomplir, c'est de faire connaître à la Terre entière ce savoir que tu découvres chaque jour dans un recoin de ta cabane. Quand tu lis, tu inspires, quand tu expires, le monde comprend.
Tu ne connais pas de jouissance sexuelle, ton unique jouissance, c'est le progrès de l'Humanité. Tu n'as pas faim, ton unique nourriture est le savoir dont tu t'enivres chaque jour. Tu travailles sans relâche au service du monde, qu'il fasse jour ou qu'il fasse nuit. Tu ne connais pas la fatigue, tu ne guettes pas la mort : tu sais qu'aucun repos ne te sera accordé tant que tu ne te seras pas acquitté de ta tâche.
Un jour, le soleil se lève, éclairant la Terre avec une force inhabituelle. Tu es debout sur une estrade infinie. Au milieu exact de l'estrade, un micro seulement. Le public, c'est le monde, l'Humanité entière qui s'est rassemblée dans une plaine immense. Car elle sait que toi, le chercheur, a enfin trouvé le trésor qu'il cherchait : la Vérité. Tu ignores le pouvoir, une seule chose t'importe : le devoir.
D'une main assurée, tu tiens un livre démesuré, contenant plus que la somme de tous les livres, et dont la Bible n'est plus qu'une infime partie. Dans un silence tonitruant, chaque homme attend. Enfin, le vent se lève, ouvre le Livre à la première page, et tu en commences la lecture. Chaque homme te comprend, car tu parles une langue universelle, celle de la Vérité. Les hommes ne te voient plus, ni toi, ni même le reste de l'assistance : ils ne font plus qu'écouter. Ils sont éblouis par ton visage, d'une telle blancheur qu'il est impossible d'en distinguer les traits. Chez chacun de ces hommes, le corps est figé, mais l'esprit jubile. Pas un seul n'a manqué à l'appel : c'est un rendez-vous que l'Humanité ne pouvait manquer.
Lorsque enfin tu prononces le dernier mot du livre, les hommes comprennent enfin pourquoi ils sont là, d'où ils viennent, à quoi ils sont destinés. De tous les livres, de tous les discours ils ne retiennent que celui-là. La philosophie, la psychologie, l'Histoire, la religion n'ont plus raison d'être. Grâce à ton travail acharné, grâce à la Vérité qui leur a montré le chemin, les hommes ont enfin trouvé Dieu.
Toi, tu ne L'as pas trouvé, et tu ne Le cherches même pas. Tu rentres seul chez toi, harassé, contemplant sur le chemin ces montagnes que désormais, chaque homme pourrait aplanir. Tu t'allonges sur le sol de ta cabane à présent vide, et te laisses emporter par la vague de l'éternité.

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Commentaires

1. Le lundi 8 mai 2006 à 19:10, par Antoine

Merveilleuse envolée lyrique… Je l’ ai lue par hasard pile au moment où le requiem lacrima de Mozart retentissait dans mes enceintes… J’ en ai presque eu une larme a l’ œil… Très bon texte que je retiendrais ;)

2. Le mardi 9 mai 2006 à 21:26, par maf

Réalité

Souviens-toi.
Tu es au milieu de ton palais, seul, entouré de serviteurs mais seul malgré tout. Tu penses, tu penses à ce qui t'entoure, ceux qui t'entourent, la vie passe, inlassablement mais tu ne t'en rends même pas compte.
Perdu dans tes réflexions, quelqu'un vient te chercher, on te demande dehors. Tu sorts.
Ils sont là, devant toi, l'Humanité toute entière est devant toi, hurlante, la haine déchire son visage. Elle qui en vérité est si belle, est tout à coup laide. Le démon semble s’en être emparée. Mais au milieu d'elle, un homme, défiguré, battu, répugnant. L'Humanité le pousse vers toi. Tu as peur.

Quelques minutes passent, sans que tu ne saches quoi faire, tu es perdu. Puis lentement, Il lève son regard vers toi. Et quel regard ? Regard de haine ? De victime ? De pitié ? De rebelle ? De fou ? De solitude ? De savant ? Narguant ? Insolent ? Violent ? Non.

Regard d'amour, regard clair et profond sans aucun nuage, regard souffrant, plein de larmes peut être, mais regard bouleversant.
Comment comprendre ce mystère ? Ce fait qui te dépasse, cette injustice, qui nous dépasse tous, que tu ne peux faire entrer dans ta tête.
Tu dis alors : "Qu'est-ce que la vérité ?" (Jn 18.33)

La question que tu dois te poser n’est pas "Qu’est-ce que la vérité ? " ni "Où est la vérité ?" mais "Qui est la vérité ?"
On ne trouve pas la vérité seul dans une cabane dans la montagne.
La vérité est beaucoup plus qu’un livre démesuré. Elle te dépasse. Elle vient à ta rencontre au moment où tu désespères. La vérité et infiniment belle et infiniment bonne, elle ne se met pas en scène, elle vient tout doucement vers toi, elle n’a pas besoin de micro, elle te chuchote à l‘oreille « Je t’aime »
La vérité c’est Lui.

3. Le samedi 27 mai 2006 à 10:02, par Claire

Je suis d'accord avec toi, rechercher la Vérité peut prendre toute une vie, et le pire c'est que sur notre lit de mort on s'en sera sûrement un peu approchés, mais on n'embrassera jamais ce mystère... Bonne route !

4. Le mardi 20 juin 2006 à 00:18, par AnArChY

C'est amusant ce besoin que l'on a de donner un sens à tout...De trouver une cause, une voie, un chemin, un endroit où aller, un but, un objectif...
Cette soif de vérité qui semble nous dominer...

Mais une fois qu'on s'en empare, de cette Vérité, qu'en ferons nous?

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